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DÉÉFAIT 1er album

(02/10/2026 – Ici d’ailleurs / Kuroneko)

Un EP paru fin 2025 et quelques concerts fiévreux ont suffi à faire du quintet parisien au nom étrange (et venu de son chanteur mexicain Ric Lara) une des formations les plus attendues au tournant, au moins dans un cercle disons noise/psyché. Enregistré au Black Box Studio par Peter Deimel et mixé par un des fondateurs du collectif Mancunien Gnod, ce premier long format de nouveau dépourvu de nom affirme la singularité de la formation. Le chant parfois psalmodié et évoluant dans plusieurs langues est surtout une matière sonore même si l’on peut y trouver des références autant sexuelles que religieuses (I Promise to Divide You le premier single, Satan’s Brew et son délicieux enfer en deuxième extrait). De l’atmosphère oppressante et moite de l’introductif Will More y Su Winston 100’s à la petite délivrance du DF final, on sera passé par certains repères déjà entendus en concert (2440) et quelques riffs obsédants à la hauteur de titres qui sonnent comme des promesses ou des invectives (Fissure, fôlatre, crie!). Finir sens dessus-dessous, voilà tout un programme dont la puissance n’a encore pas montré ses limites, au point qu’on se demande si ses artisans n’en sont pas eux-mêmes les jouets. Et c’est tant mieux.

ERWAN KERAVEC « Whitewater »

(12/12/2025 – Mind Travels – Ici d’ailleurs / L’Autre Distribution)

Venu des musiques trad, adoubé côté musiques contemporaines et improvisées, reconnu également pour ses collaborations côté jazz, le sonneur n’en est pas à son premier album solo, son instrument (la cornemuse écossaise) étant après tout fait pour cela. La rencontre avec la collection Mind Travels s’est fait naturellement, comme le choix, passage obligé, d’une somptueuse photo de Francis Meslet. Celle-ci reflète surtout le dernier titre Leeshore et son empilement de bourdons, crique à l’abri du vent depuis laquelle on admire la tempête qu’on vient de traverser. Celle de deux longues pièces, Increase the flow rateUntil the Swirls Appears où le Morbihanais, tout en renonçant aux techniques périphériques de son instrument (un champ non mélodique exploré sur ses précédents solos), nous entraîne dans l’instabilité, jusqu’au tourbillon. Comme on suivrait une pensée, son fil aussi constant qu’incertain, exploré hier peut-être par le Continuum de Ligeti. Une musique extrême sans aucun doute, mais qui pour peu qu’on se laisse emporter dans les subtilités du tourbillon qu’elle provoque, sait générer une véritable transe…

MICHEL CLOUP « Catharsis en pièces détachées »

(14/11/2025 – Ici d’ailleurs / L’Autre Distribution)

Cet album monstrueux a un ordinateur à la place du cœur. Trois êtres humains y sont connectés : Michel Cloup, Manon Labry et Julien Rufié. Ils ont nourri par couches et strates successives ce millefeuille de papier de verre et de crème pâtissière numérique. Après La honte et David, Goliath et Godzilla, premiers extraits buvant la tasse des reflux politiques de part et d’autre de l’Atlantique, on ira faire un tour en compagnie du compère Fredo/NonStop (Toulousain lui aussi) pour un H&M tranchant et sanglant, dégoulinant comme les peintures de Stéphane Arcas, et les quelques moments plus posés (Le poison / L’antidote, Maria, ou Place du Ravelin à Toulouse encore…) n’en seront pas pour autant moins intenses. Jusqu’au roboratif SISRAHTAC, ça défouraille, ça gueule, ça parle trop, mais c’est dans doute le bon moment pour un coup de tronçonneuse dans la fourmilière.

ARNAUD FOURNIER « 100 % Black Puzzle »

(17/10/2025 – Ici d’ailleurs / L’Autre Distribution)

Ce premier album emprunte son nom à son titre d’ouverture, écho du 100 % White Puzzle figurant sur le premier album de Hint, paru il y a tout juste 30 ans. Une formation singulière au croisement des styles (noise, expé, indie) avec sax et trompette s’immisçant au milieu des guitares et des drones électroniques, duo toujours actif dont est issu Arnaud Fournier, qui vient par ailleurs de quitter La Phaze. Son complice de Hint Hervé Thomas compte d’ailleurs parmi les invités pour Shinny Ribirth premier titre enregistré depuis leurs albums de la fin des 90s, mais au casting figurent aussi Frédéric D. Oberland (Oiseaux-Tempêtes) sur le long duel amical de Miroirs, et Herman Düne sur le superbe single It’s the Leaving That’ll Kill You. Des ambiances souvent sombres mais traversées d’éclairs, ceux des rencontres ou des amitiés retrouvées…

ZËRO « Never Ending Rodeo »

(19/09/2025 – Ici d’ailleurs / L’Autre Distribution)

Six ans après la sortie de Ain’t That Mayhem, le groupe lyonnais revient avec Never Ending Rodeo : un dérapage contrôlé à travers les frontières du post-punk, de la noise et du psyché. Eric Aldéa (guitare, voix), Franck Laurino (drums), Ivan Chiossone (persephone, synthés), et désormais Varou Jan (guitare, basse) n’ont rien perdu de leur tranchant. Les années passées sur scène avec Virginie Despentes et Béatrice Dalle, dans ces lectures sonores de Calaferte ou Pasolini, ont laissé des traces. Zëro s’empare désormais du son comme d’un langage scénique : les morceaux deviennent des séquences, des plans, des gestes. Chacun pourrait exploser, mais aucun ne le fait véritablement. Tout est dit, mais rien n’est clos. Un rodéo sans fin…

MELAINE DALIBERT & DAVID SYLVIAN « Vermilion Hours »

(27/06/2025 – Mind Travels – Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

David Sylvian avait déjà signé les visuels voire les mixages d’albums de Melaine Dalibert dont Musique pour le lever du jour, mais l’ex-Japan permet ici au pianiste de rejoindre la prestigieuse liste de ses collaborations musicales (où figurent Robert Fripp ou Ryuichi Sakamoto entre autres). Aux pièces du compositeur désormais habitué de la collection Mind Travels qui se déploient avec patience et finesse comme leur nom l’indique (la seconde est Arabesque), le Britannique offre un subtil écrin électronique, appliquant aux procédés d’écriture rationnels voire cliniques du Rennais une transformation paradoxalement très organique voire baroque. Pour un temps de contemplation qui agit comme une cure de jouvence…

NONSTOP réédition 2LP « J’ai rien compris mais je suis d’accord »

(08/11/2024 – Ici d’ailleurs / L’Autre Distribution)

Toujours aidé de son frère Richard ex-bassiste de Diabologum, Frédo Roman donnait en 2009 une suite à l’initiatique Road movie en béquilles, enfonçant dans le cercueil de son espoir le clou d’un hip-hop expérimental sombre, explosif et sarcastique, porté par son phrasé reconnaissable et ses textes surréalistes, aussi forts en formules chocs qu’écrasés de souffrance physique et mentale. Invité sur un titre (Robot à la viande) on retrouve logiquement Arnaud Michniak (qui naviguait alors avec Programme dans des eaux tout aussi troubles et pas très éloignées). Avec Henning Specht (Hypnolove) aux synthés, un troisième Diabologum à la réal et au mix (Denis Degioani), ce casting abrasif était complété sur quelques titres par Serge Teyssot-Gay (ex Noir Désir mais surtout Zone Libre), déjà friand de ponts entre rock et hip hop. Tout aussi obsédé par le corps et ce qui en sort, Stéphane Blanquet signait de nouveau un visuel saisissant et totalement raccord. Alors que NonStop publie cet automne un nouveau disque chez Petrol Chips (Alien au Pays des Aliénés), l’occasion était trop belle de rééditer ce deuxième album pour la première fois en vinyle. Et même en double LP, avec en face D six titres live captés en 2006 aux Eurockéennes de Belfort, lors de l’ultime concert de NonStop. Singulier, dérangeant, inégalé.

Compilation RADIO ALICE « The Infamous Broadcast »

(23/08/2024 – Ici d’ailleurs / L’Autre Distribution)
Le 12 mars 1977, en plein direct, les carabinieri font intrusion dans le studio de Radio Alice, antenne pirate qui émet alors depuis un peu plus d’un an dans la ville étudiante de Bologne : la fin subite d’une aventure qui pourtant marquera profondément l’histoire culturelle italienne, et celle de la radio partout en Europe. Jusqu’à donner son nom et son inspiration à ce que son initiateur Andrea Stillacci décrit comme « une déclaration conceptuelle sur la liberté et la censure », ou encore « une exploration de la tension ». Il l’a confiée à des artistes italiens, musiciens (Distorsonic, Xabier Iriondo, Paolo L.Bandera) et musiciennes (Alos, G.A.Z.A, Julinko) issus de la scène expérimentale, noise, indus, doom, electro… Sans concession, un peu rital mais surtout radical.

MATT ELLIOTT « The End of Days »

(31/03/2023 – Ici d’ailleurs / L’Autre Distribution)

Depuis les sons électroniques torturés de son projet d’origine The Third Eye Foundation, entamé à Bristol au milieu des années 90, jusqu’aux prestations solo épurées avec une simple guitare classique et sa voix profonde, qui l’amènent à jouer dans toute l’Europe, Matt Elliott a dessiné un parcours aussi singulier qu’admirable. Ce chemin n’est pas qu’une quête d’épure pour le désormais franco-britannique installé de longue date à Nancy (brexit oblige, il a demandé et obtenu sa nationalité). Il s’est mis au saxophone, mais qui l’a vu sur scène sait déjà qu’il n’a en rien altéré la saisissante beauté de ses créations, au contraire : aidé par la contrebasse de Jeff Hallam, la production de David Chalmin et son piano (joué sur scène par Barbara Dang), Matt a trouvé un vecteur supplémentaire pour faire passer l’émotion. Après January’s Song distillée au milieu de l’hiver pour en traduire la froide beauté, on découvre les tentations presque orchestrales de longues pièces pour qui les formats importent peu, jusqu’aux nuances d’Unresolved témoignant du chanteur accompli qu’il peut désormais assumer d’être. Matt Elliott chante cet espace infime, cet entredeux entre la joie intense et le chagrin absolu, cette frontière entre l’indicible et le partagé…

MELAINE DALIBERT « Magic Square »

(20/01/2023 – FLAU / Bigwax Distribution – éditions Ici d’Ailleurs)

Après un Shimmering chez Mind Travels / Ici d’ailleurs fort apprécié (et repris par Vanessa Wagner), le pianiste et compositeur rennais signe un nouveau disque, cette fois sur un label japonais. La très mélodique A Song est d’ailleurs dédiée à Ryuichi Sakamoto. La vitalité de Perpetuum Mobile ou le côté pop de Five cohabitent dans un subtil équilibre avec l’audacieuse lenteur de Choral, les cycles agités des sept temps de Ritornello ou la simplicité de Prelude. Bande sonore de nos brefs manques d’attention à la réalité, c’est une musique née et conçue pour rêver…