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MELAINE DALIBERT « Shimmering »

(25/03/2022 puis LP 20/05/2022 – Mind Travels Series / Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Interprète engagé du répertoire contemporain (de Gérard Pesson à Giuliano D’Angioloni), collaborateur apprécié d’autres musiciens (Will Guthrie, Sylvain Chauveau…) mais aussi d’artistes visuels, le pianiste Rennais est également compositeur, avec à son actif quatre albums chez Another Timbre (UK) et Elsewhere Music (USA). Adepte au départ d’un certain minimaliste, il s’éloigne désormais des compositions « algorithmiques » de ses débuts pour aborder un registre plus intuitif, voir plus pop. Les titres de ses pièces en disent déjà beaucoup sur un répertoire qu’on rapprochera entre autres de Philip Glass ou de Ryuichi Sakamoto : Shimmering (« chatoyant »), Mantra, Stellaire, Dérive… et Six + Six comme un coup de dé gagnant pour ce nouveau chapitre hypnotique de la collection Mind Travels.

dDAMAGE « Radio Ape » réédition

(25/03/2022 – Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Le duo formé par JB Hanak et son frère Fred n’est malheureusement plus depuis la disparition de ce dernier en 2018. Mais tandis qu’un roman largement autobiographique retrace les aventures de tournée de ces « moutons noirs de la French Touch » (Sales Chiens), Ici d’ailleurs re-sort en CD et double vinyle le disque qui leur avait ouvert les portes d’une carrière internationale. Mélange foutraque de leurs influences rock et hip-hop, ce 3e album n’est pas l’invention d’un savant fou (le Dr Aguuev) et de son copain déguisé en singe, mais l’artwork imaginé par Raoul Sinier et décliné en clip pour Pressure est superbe, et ce son millésimé 2004 (vraiment ?) pourrait presque faire douter. Abrasif, chaud, et complètement à part.

GONTARD « Akene »

(Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution – 12/11/2021)

Tombant de plus en plus le masque, Gontard nous entraine dans une sorte d’épopée-western, de vadrouille sur la Nationale 7, hommage à une époque où le Valentinois puise l’essentiel de ses références musicales, littéraires et cinématographiques soit grosso modo la période 75-85, celle d’un monde plus balisé. Ce qui ne l’empêche pas, au contraire, d’élargir sa palette musicale avec le reggae La séduction ou les touches « world » de Mahalia Dooyoo. On attaque avec un Plein de super en bande de potes autour d’Akene Guetno et son Anémone belle comme un Camion, mais comme toujours avec Gontard, le léger ou faussement léger (Homme perdu) côtoie le touchant (La chansons de Cédric) voire le poignant (Femme d’entretien, Faillite). Ce voyage dans le passé lui aurait-il fait oublier le propos social voire politique tenu jusqu’ici sur le présent (Repeupler…) ou sur l’avenir (2029) ? Au contraire, il y puise la force de penser que Le vent sifflera trois fois car on sait « que nous sommes ensemble et qu’ils sont tout seuls », et que « Les loups c’est nous ». Même avec un masque de lapin.

MENDELSON « Le dernier album »

(15/10/2021 – Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Pascal Bouaziz et sa bande à géométrie variable choisissent de mettre explicitement fin à une aventure à part qui aura duré un quart de siècle, littéraire et pourtant dotée d’une musicalité exceptionnelle, dure souvent, pince-sans-rire parfois, émouvante toujours. Il sera donc bientôt trop tard pour découvrir pourquoi et comment un groupe aussi « inconnu » a pu accéder au statut de « culte » de son vivant. La chanson Le dernier disque fait figure de manifeste pour cet ultime geste, auquel La dernière chanson vient quant à elle mettre un point final, avec de manière surprenante plus de gratitude que de regrets ou d’aigreur. Seulement cinq titres avec l’autobiographie amère et caustique mais aussi étrangement apaisée qu’est Les chanteurs, au contraire du poignant Héritage. Et avec Algérie, chanson-fleuve comme seul Mendelson en a, en avait le secret. Sans doute la pièce maîtresse de ce disque final, estocade bouleversante où Pascal Bouaziz parvient à mêler le propos très politique du précédent album avec le discours le plus intime d’une profonde nostalgie : comme dans 1983 (Barbara) son œuvre la plus célébrée, c’est quand il raconte sa propre histoire qu’il tutoie les sommets.

STRANDED HORSE « Grand Rodeo »

(17/09/2021 – Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Que faire face aux derniers feux d’un monde qui s’éteint ? Si ce n’est, sans faux espoir, d’essayer de garder en vie cette lueur ? Kora en main, Yann Tambour nous propose la danse et la transe pour faire face à l’apocalypse qui semble se profiler. Avec ses trois complices Boubacar Cissokho, Sébastien Forrester et Miguel Bahamondès-Rojas (et Carla Pallone sur Le ciment sous nos pieds), il puise dans des héritages venus d’un large panel auquel après tout le terme « musiques du monde » pourrait convenir, celles de l’occident parmi beaucoup d’autres. En anglais ou en français, la forme peut se faire poignante (reprise du Thiely de L’Etoile de Dakar ou Sparks Turn To Stone) ou faussement plus légère (irrésistible Rumba du Trépas), ce sont là les chroniques de temps étranges, telles les couleurs chaudes et les flous kaleïdoscopiques d’un rêve tragi-comique où il nous faut bien avancer, fut-ce à reculons…

MICHEL CLOUP DUO & PASCAL BOUAZIZ « A la ligne – Chansons d’usine »

(11/12/2020 – Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Qui mieux que Michel Cloup Duo et Pascal Bouaziz (Mendelson, Bruit Noir) pouvait mettre en musique « A la ligne », premier roman couronné de succès de Joseph Ponthus ? Plus qu’une simple mise en musique, ce disque né au départ d’une carte blanche live nous plonge dans la réalité terriblement concrète des « travailleurs de l’usine », qu’ils produisent « Le tofu » à en haïr les vegans ou sentent « A l’abattoir » le goût du sang dans leur bouche, à en donner des « Cauchemars »… Abrasif, percutant, sensible, édifiant : le rock avait presque oublié combien il pouvait être tout ça.

MATT ELLIOTT « Farewell To All We Know »

MattElliott_FarewellToAllWeKnow_visuel(27/03/2020 numérique – 22/05/2020 physique – Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Voici sans doute l’album qu’on attendait dans la discographie du Bristolien (et Lorrain de longue date) à l’étonnante carrière, entre le dark-trip-hop de son projet d’origine The Third Eye Foundation et les albums alt-folk  sous son nom (dont la richesse a été largement soulignée en live, revisités en compagnie de Vacarme en 2019). Avec l’aide de David Chalmin producteur désormais attitré, Matt entre ici un peu plus dans la cour des grands, Bill Callahan voire Leonard Cohen. Enrichi du violoncelle de Gaspar Claus et de la basse de Jeff Hallam, son propos n’a pourtant jamais été aussi épuré. Pris entre la peur du lendemain et l’espoir (entre The Day After That et The Worst Is Over), c’est celui d’un ami désormais de longue date qui, sans toujours nous épargner comme le font les vrais amis, chemine toujours à nos côtés.

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FRANCIS MESLET « Mind Travels » livre + CD

MindTravels_FMeslet_couv(08/10/2017 – Ici d’Ailleurs / Les Presse du Réel)

Parmi les événements destinés à fêter les 20 ans du label Ici d’Ailleurs, pour la première fois un livre, et un beau livre : de quoi constater que le photographe Francis Meslet a quelques somptueux clichés d’avance pour illustrer les disques de la collection Mind Travels. Du son et des images pour faire voyager l’esprit. Et une expo en prime (à l’Autre Canal à Nancy).

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ORCHARD « Serendipity »

MT08_Cover_Orchard_RVB(22/09/2017 – Mind Travels / Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Un groupe créé de toutes pièces par un label pourrait faire figure de « coup marketing » s’il ne s’agissait là d’Ici d’Ailleurs (20 ans cette année), habitué à provoquer des rencontres entre artistes pour le moins fructueuses (This Immortal Coil, la collection OuMuPo, Numbers Not Names). Huitième chapitre de la singulière collection Mind Travels, cet album réunit l’anglais Aidan Baker (déjà auteur de The Sea Swells a Bit dans la même série), Gaspard Claus (Pedro Soler, Angélique Ionatos…), Franck Laurino (batteur de Zëro) et Maxime Tisserand (clarinettiste de Chapelier Fou). Ils ne se connaissaient pas avant d’entrer en studio, simplement guidés par une liste de termes musicaux simples devant orienter leur rencontre, et par David Chalmin (complice de Matt Elliott) à la réalisation. Comme le suggère le titre de l’album, ce sont des découvertes fortuites et des paysages inédits qui surgissent ainsi, où de la contrainte initiale nait finalement une liberté s’affranchissant du temps et des étiquettes.

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MENDELSON « Sciences Politiques »

MENDELSON_SciencesPolitique_Visuel-RVB(31/03/2017 – Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Après ses escapades Bruit Noir et « Haïkus », Pascal Bouaziz retrouve ses comparses pour un 6e album de Mendelson qu’on peine à qualifier de « disque de reprises » : puisant chez Leonard Cohen ou Lou Reed autant que chez Sonic Youth, The Jam ou P.I.L qu’il revisite tous en français, il dresse là une chronique de l’effrayante pesanteur du monde de 2017, avec une acuité intense et une prise directe sur l’époque qui ne souffrent guère de comparaisons.

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