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LUNATRAKTORS « The Missing Star »

(25/06/2021 – Broken Folk Records / Inouïe Distribution)

Les anglais Carli Jefferson et Clair Le Couteur puisent dans le riche patrimoine folk anglo-irlandais pour l’adapter avec brio à une époque faite de trahisons politiques, de Covid-19, et pour eux de Brexit. Couple transgenre à la ville et duo à la scène, ils produisent avec leur bric à brac de percussions et instruments divers un écrin original et enthousiasmant pour leurs voix (4 octaves pour Clair), parcourant un impressionnant panel de sentiments et de personnages. D’une singulière relecture du Lover Lover Lover de Cohen aux convaincantes protest songs Rigs Of The Times et The Missing Star en passant par d’impressionnants a cappella (My Witch, The Blacksmiths), les Lunatraktors montrent de bonnes surprises peuvent encore venir d’Outre-Manche.

THE REED CONSERVATION SOCIETY « EP3 » & coffret 3EP

(11/06/2021 – Microcultures / Kuroneko)

Le secret de cette Société de Préservation du Roseau n’est plus très bien gardé et tant mieux : en clôturant ici sa trilogie d’EP, la formation emmenée par Stéphane Oz Auzenet achève une belle carte de visite, faite d’érudition pop et d’arrangements soignés. On découvre ici de nouveaux portraits de grandes femmes trop ignorées de l’Histoire avec Miss Kellerman et Paulita Maxwell, des voix féminines s’invitent également, celle d’Alma Forrer sur ce dernier, ou celle de la prometteuse Lonny sur le premier single Holy Mood. Notons que sort en même temps un fourreau permettant de ranger les 3 EP, le dernier en date se voyant de nouveau illustré par une peinture de Barbara Chwast. Bel objet, somptueux contenu.

QUEEN OF THE MEADOW « Survival Of The Unfittest »

(04/06/2021 – Only Lovers Records / Kuroneko)

Si l’américaine Helen Ferguson n’a pas toujours vécu à Bordeaux, c’est pourtant là qu’elle a rencontré l’orfèvre pop Julien Pras, avec qui elle forme ce duo. Mais attention, c’est bien elle qui écrit textes et musiques, et son 3e album témoigne en douceur d’une capacité à tutoyer les plus hautes cimes du folk au féminin, du folk tout court d’ailleurs. De la douceur de La Louve à la rancœur de The King And The Hoe en passant par l’onirique Moonchild ou le limpide Honey, la palette est nuancée mais large. En ces temps agités, il fait bon se laisser guider par cette reine des prairies à travers tant de beauté…

FONTAINE WALLACE « Le projet »

(14/05/2021 – Microcultures / Kuroneko)

Après un premier album éponyme paru en 2018, la formation parisienne de l’ex-Superflu Nicolas Falez nous rappelle avec brio qu’il est une des plus belles plumes et l’un des plus fins mélodistes d’ici, parfaitement appuyé par ses nouveaux comparses Cécile Beguery, Fabrice de Battista et Ludovic Morillon, mais aussi par quelques invités (dont le Married Monk Tom Rocton). S’avouer enfin que Le projet « c’est que tout reste en désordre », se perdre dans le rock de Dédalus et être un peu en retard au Point Polka n’empêchera pas même 25 ans après d’écouter leur conseil : Prends soin de ton amour. Promis.

MATT ELLIOTT « The Broken Man » réédition

(30/04/2021 – Ici d’ailleurs / L’Autre Distribution)

Au sortir de la trilogie Songs, l’anglais signait là un album délicat et abouti, d’une noire mélancolie mais aussi d’une beauté lumineuse. Aidé par Katia Labèque qui signait une magnifique improvisation au piano et par Yann Tiersen qui avait mixé l’album, Matt touchait le fond tout en tutoyant les sommets avec un de ses plus beaux albums, porté entre autres par le poignant Dust Flesh and Bones. Le voici réédité, en version LP standard, LP red/black marble et en 2LP gatefold incluant 2 bonus tracks et des versions instrumentales.

THE YOUNG GODS « The Young Gods » – réédition

(09/04/2021 – Two Gentlemen)

Réédition du premier album du mythique groupe suisse, salué à l’époque comme album de l’année 1987 par Melody Maker. Avant même L’Eau Rouge (déjà réédité en 2019), le groupe posait déjà les bases d’une carrière inventive et protéiforme, avec déjà aux côtés de son leader Franz Treichler, le pionnier des samplers Cesare Pizzi (parti en 88 mais revenu ces dernières années avec un plaisir communicatif), et le batteur Üse Hiestand (remplacé en 97 par Bernard Trontin toujours en poste). Et en bonus, des titres issus de leur John Peel Session de 88. Où la bruyante jeunesse des Jeunes Dieux…

BRNS « Familiar » single

(24/03/2021 – Yotanka / PIAS)

Après la parenthèse Namdose, les bruxellois seront de retour après l’été avec un 4e album dont voici le premier extrait qui évoque en compagnie de Carl (sans ses Hommes-Boites) la volonté de nouvelles rencontres, de changement, de liberté. Coloré, foutraque et salvateur, surtout en ces temps obscurs !

TUE-LOUP « La peau des arbres »

(05/02/2021 – La Lézarde / L’Autre Distribution)

A lui tout seul le titre du 12e album de la formation sarthoise en dit long sur la beauté du verbe de son leader Xavier Plumas, qui s’illustre encore ici par sa métrique hors pair (Les beaux jours). Mais ce serait oublier qu’il est aussi un fin mélodiste, comme en témoigne le premier single Mayol (désignant une femme et non un plongeur !). Il s’essaie aussi sans complexe à l’anglais, entre autres pour une reprise étonnante de Black Is The Color Of My True Love’s Hair avec l’appui vocal gorgé de soul d’Astrid Veigne, la nièce du bassiste Eric Doboka. Avec l’excellent batteur Alex Berton (déjà convaincant en live, présent sur album pour la première fois), il dresse l’écrin idéal pour le sax d’un autre invité (Cédric Thimon), et bien sûr pour les guitares malignes de Thierry Plouze, qui font tant pour le son Tue-Loup. On suivra volontiers sur les bords de Siagne l’une des plus admirables formations du folk-rock d’ici, vieux chêne rassurant qui sait que le temps joue pour lui.

EMMANUEL TUGNY & JOHN GREAVES « Les molécules fidèles »

(22/01/2021 – Boom Records / Inouïe Distribution)

Le maloin Tugny termine son triptyque consacré à la poésie en puisant cette fois chez Théophile Gautier, aidé en cela par son ami John Greaves et ce sur une base simple : l’un chante sur les compositions de l’autre, et vice versa. Préciosité parnassienne, acidité dandy et candeur érotique de l’une des plus grandes plumes françaises du XIXe sont là cette fois pour explorer (après le corps chez Corbière et l’âme chez Scève) la question du coeur.

LEOPOLDINE HH « Là ! Lumière particulière »

(15/01/2021 – Eh Ouais Mec Prod / Modulor)

Après avoir remporté entre autres le prix George Moustaki en 2017, l’alsacienne (désormais parisienne) Léopoldine HH et ses deux complices Michel Gilet et Charly Chanteur se sont taillé une solide réputation en jouant longtemps les titres de leur premier album, où figuraient déjà quelques chansons de Gildas Milin. L’auteur a invité la chanteuse à venir puiser chez lui matière textuelle et musicale qui forme finalement tout ce deuxième album, disque serein en un temps incertain. Il navigue sans complexe de l’onirique premier single Psychotropique à la pochade rock Je dis non en passant par la douce comptine Je t’ai vu, le surprenant disco Ce que tu cherches, ou la fausse et poignante légèreté d’Où vont les sons ? Bonne question d’ailleurs. Dans les oreilles et dans les cœurs on l’espère, et pour les yeux : lumière particulière.