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VERSARI « Reviens » EP

(14/01/2022 – T Rec / Modulor)

Le trio offre un dernier prolongement à son album paru lors du premier confinement avec le premier titre qui fut écrit pour celui-ci, chanson sur le tourment du double sentiment attirance / rejet. Un EP complété par deux reprises et pas des moindres, La nuit je mens de Bashung forcément insurpassable mais assez enfiévrée pour tenir sa place, et Atmosphere de Joy Division, hommage d’autant plus à la hauteur qu’on a plaisir à retrouver les beaux graves de Jean-Charles Versari en Anglais pour une fois.

ENCORE UNE FOIS

(du 05/01 au 03/04/2022 – Théâtre Le Funambule Montmartre / Paris)

Après les succès de L’opéra dans tous ses états puis Figaroh de Paris à Avignon, les chanteurs lyriques Leana Durney et Davide Autieri reviennent mélanger avec audace humour, théâtre et art lyrique pour une nouvelle création déjà largement saluée chez eux en Suisse. Avec leurs complices, comédiens et musiciens, ils ont imaginé Le présent, opérette un peu caricaturale du genre dont la 5000e représentation est retransmise au cinéma entrecoupée et d’interviews et archives. Ou comment aborder un sujet presque tabou : la lassitude de l’artiste qui doit refaire toujours et encore la même chose. Une fausse opérette, de vrais chanteurs, un faux cinéma dans un vrai théâtre : les spectateurs eux ne s’ennuieront pas !

JÉRÔME MINIÈRE « Le son du temps qui nous dépasse » EP

(autoproduction – 26/11/2021)

Le Franco-Québécois prend un peu plus de temps pour finir son nouvel album et le 3e extrait qu’il nous en offre devient un bel EP d’automne. De temps il en est autant question dans Le son du temps qui nous dépasse et sa douce mélancolie que dans un Minneapolis 2020 au son plus surprenant qui évoque aussi bien Prince que Georges Floyd. Et tout autant dans la belle et inexorable Séries transparentes qui ne trouvaient pas sa place sur les deux derniers albums lorsqu’elle fut composée. Quelle dommage c’eut été de rater cela. Alors vive les EP.

FRANÇOIS JONCOUR « Sonars Tapes »

(Music From The Masses / PIAS – 19/11/2021)

Cet album est un des aboutissements du projet Sonars, rencontre entre Art et Science initiée par la salle de concert Brestoise La Carène et le laboratoire BeBest, qui s’intéresse en particulier à l’impact sonore de l’activité humaine sur des fonds marins qui sont loin d’être le monde du silence. Au service d’un propos passionnant qui cherche à montrer la beauté de la catastrophe, le musicien François Joncour, à l’aise aussi bien avec les guitares qu’avec les machines, et fort bien entouré, navigue entre pop anglophone de haute volée (Pilling Underwater), chanson mélancolique en Français (Tout s’en est allé…) et en Anglais (The Depressed Larvae), ou plus aérienne en Breton (Skarigañ A Ra), rock abrasif (Biology Is Food & Sex), instrumentaux acoustiques et oniriques (Les Gorgones) ou electro et addictifs (Obsession & Repetition).  Un peu comme une première plongée, Sonars Tapes fait peur mais l’immersion vaut tous les voyages.

GONTARD « Akene »

(Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution – 12/11/2021)

Tombant de plus en plus le masque, Gontard nous entraine dans une sorte d’épopée-western, de vadrouille sur la Nationale 7, hommage à une époque où le Valentinois puise l’essentiel de ses références musicales, littéraires et cinématographiques soit grosso modo la période 75-85, celle d’un monde plus balisé. Ce qui ne l’empêche pas, au contraire, d’élargir sa palette musicale avec le reggae La séduction ou les touches « world » de Mahalia Dooyoo. On attaque avec un Plein de super en bande de potes autour d’Akene Guetno et son Anémone belle comme un Camion, mais comme toujours avec Gontard, le léger ou faussement léger (Homme perdu) côtoie le touchant (La chansons de Cédric) voire le poignant (Femme d’entretien, Faillite). Ce voyage dans le passé lui aurait-il fait oublier le propos social voire politique tenu jusqu’ici sur le présent (Repeupler…) ou sur l’avenir (2029) ? Au contraire, il y puise la force de penser que Le vent sifflera trois fois car on sait « que nous sommes ensemble et qu’ils sont tout seuls », et que « Les loups c’est nous ». Même avec un masque de lapin.

JULIEN BOUCHARD « Excuse My French »

(Hot Puma Records – 12/11/2021)

Après des groupes anglophones et un premier album sous son nom qui l’était encore largement, le Spinalien a su garder l’héritage sonore de Dinosaur Jr, des Lemonheads, de Pavement ou des Posies, prouvant que mélodies bruitistes et langue de Molière peuvent faire mon ménage. Ainsi du réjouissant Tu m’entraînes parfaitement centré sur le principe du power trio, de l’addictif En Nous, du duo avec le régional de l’étape Eddy La Gooyatsh Même pas là qui déringardise avec brio le principe du solo de guitare, du vaste Ton ombre est ma lumière qui s’autorise sans perdre en cohérence plus de richesse instrumentale. Avec un tel Sens de la fête, ce frenchie là est tout excusé.

30e édition des ROCKOMOTIVES DE VENDÔME

(23-30/10/2021 – Vendôme / 41)

Déjà la 30e pour ce festival un peu à part pour lequel un public fidèle et varié (pros y compris) vient de loin comme du coin de la rue. C’est la réussite d’une programmation toujours assez exigeante sans se vouloir trop « dans la tendance », refusant le copier-coller, mélangeant les styles de façon habile. Avec entre autres cette année Stand High Patrol, Rone, Girls in Hawaii, Mansfield.TYA, Lo’Jo, Chapelier Fou Ensemb7e, LAETITIA SHERIFF, Frustration, Peter Von Poehl, Klub des Loosers, Yes Basketball, QUEEN OF THE MEADOW, FRANÇOIS JONCOUR – SONARS TAPES, Mad Foxes… Le retour de la bamboche !

BRNS « Celluloid Swamp »

(22/10/2021 – Yotanka / PIAS)

Après la parenthèse Namdose, les bruxellois sont de retour avec un album au visuel choc (signé Monsieur Pimpant), enregistré entre Brooklyn et la Belgique avec aux manettes Alexis Berthelot (Franck Ocean, Marc Ribot). Le processus créatif simplifié à l’extrême accouche de titres créés à l’instinct, sans barrière de style, s’autorisant cassures et surprises. C’est le cas par exemple sur le premier extrait Familiar (avec Carl des Hommes-Boites) ou le second, Suffer, brouillant habilement les frontières entre pop et R’n’B. Comme sur scène où sa réputation n’est plus à faire, le trio est renforcé par la touche féminine de Nele De Gussem, prenant le lead vocal sur Light Houses ou l’entêtant Off You Go Daddy qui vient clôturer ce « marais de celluloïd » où l’on aura plaisir à patauger. Avec l’insouciance et la vitalité de gamins qui s’amusent à sauter dans les flaques.

MENDELSON « Le dernier album »

(15/10/2021 – Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Pascal Bouaziz et sa bande à géométrie variable choisissent de mettre explicitement fin à une aventure à part qui aura duré un quart de siècle, littéraire et pourtant dotée d’une musicalité exceptionnelle, dure souvent, pince-sans-rire parfois, émouvante toujours. Il sera donc bientôt trop tard pour découvrir pourquoi et comment un groupe aussi « inconnu » a pu accéder au statut de « culte » de son vivant. La chanson Le dernier disque fait figure de manifeste pour cet ultime geste, auquel La dernière chanson vient quant à elle mettre un point final, avec de manière surprenante plus de gratitude que de regrets ou d’aigreur. Seulement cinq titres avec l’autobiographie amère et caustique mais aussi étrangement apaisée qu’est Les chanteurs, au contraire du poignant Héritage. Et avec Algérie, chanson-fleuve comme seul Mendelson en a, en avait le secret. Sans doute la pièce maîtresse de ce disque final, estocade bouleversante où Pascal Bouaziz parvient à mêler le propos très politique du précédent album avec le discours le plus intime d’une profonde nostalgie : comme dans 1983 (Barbara) son œuvre la plus célébrée, c’est quand il raconte sa propre histoire qu’il tutoie les sommets.

STRANDED HORSE « Grand Rodeo »

(17/09/2021 – Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Que faire face aux derniers feux d’un monde qui s’éteint ? Si ce n’est, sans faux espoir, d’essayer de garder en vie cette lueur ? Kora en main, Yann Tambour nous propose la danse et la transe pour faire face à l’apocalypse qui semble se profiler. Avec ses trois complices Boubacar Cissokho, Sébastien Forrester et Miguel Bahamondès-Rojas (et Carla Pallone sur Le ciment sous nos pieds), il puise dans des héritages venus d’un large panel auquel après tout le terme « musiques du monde » pourrait convenir, celles de l’occident parmi beaucoup d’autres. En anglais ou en français, la forme peut se faire poignante (reprise du Thiely de L’Etoile de Dakar ou Sparks Turn To Stone) ou faussement plus légère (irrésistible Rumba du Trépas), ce sont là les chroniques de temps étranges, telles les couleurs chaudes et les flous kaleïdoscopiques d’un rêve tragi-comique où il nous faut bien avancer, fut-ce à reculons…