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BASTIEN BRON « My Name Is Fuzzy – Vedette 93 » installation sonore

(11/05 au 12/06/2022 – Le Tetris / Le Havre)

Vedette Nonante Trois est un album qu’on ne peut découvrir qu’en le visitant. Bastien Bron avait initié ce principe sur Septante Quatorze (titre référence à sa « Suissitude » bercée de variété française) où il interrogeait notre rapport à la disponibilité et la reproductivité de la musique. Puis il est tombé sur une vieille cassette audio pleine de chansons enregistrées quand il avait 8 ans : en recréant une chambre d’enfant truffée de gadgets et posters à l’effigie de Fuzzy, il pose cette fois un regard amusé sur le statut de vedette et le culte innocent de la célébrité.

EMMANUEL TUGNY « Valentines »

(29/04/2022 – Vila Mariana / Inouïe Distribution)

Poursuivant son travail de mise en valeur de poètes à la reconnaissance fragile, c’est cette fois chez Germain Nouveau que le musicien et écrivain ira puiser. L’ami de Mallarmé, de Charles Cros et surtout de Rimbaud permet au Malouin de promener l’auditeur le long d’une sorte de voyage posthume, faisant siens les introspections et les questionnements mystiques de cet autre poète maudit, dressant à ses textes des écrins tantôt bruitistes ou atmosphériques, tantôt plus pop.

VADIM VERNAY « How » single

(08/04/2022 – La Mais°n / Kuroneko)

Venu de l’electro puis peu à peu converti au songwriting, le musicien et producteur propose avec ce premier single de son album attendu après l’été un brûlot évoquant Death Grips ou Tricky par son énergie sombre et contenue. De quoi emmener ceux qui l’avaient suivi dans cette nouvelle mue réussie.

HONEY FOR PETZI « Descriptions + Observations »

(08/04/2022 – Two Gentlemen / Kuroneko)

Figure de proue d’un mouvement post-rock / math-rock finalement bien plus tangible que le bug de l’an 2000 dont il fut contemporain, le trio Suisse s’était mis en sommeil depuis quelques longues années. Il est revenu d’abord sur scène, puis avec quelques singles (Ecoute, Géométrie…) en guise de réjouissants préambules à ce nouvel album : au programme, toujours ce mélange d’énergie et d’étrangeté, avec une prise de risque encore plus débarrassée de tout complexe, permettant d’oser avec brio une écriture pour la première fois en Français, foutraque et poétique, et des incursions plus pop. Une drôle d’animal musical helvète à observer, décrire et apprécier.

MELAINE DALIBERT « Shimmering »

(25/03/2022 puis LP 20/05/2022 – Mind Travels Series / Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Interprète engagé du répertoire contemporain (de Gérard Pesson à Giuliano D’Angioloni), collaborateur apprécié d’autres musiciens (Will Guthrie, Sylvain Chauveau…) mais aussi d’artistes visuels, le pianiste Rennais est également compositeur, avec à son actif quatre albums chez Another Timbre (UK) et Elsewhere Music (USA). Adepte au départ d’un certain minimaliste, il s’éloigne désormais des compositions « algorithmiques » de ses débuts pour aborder un registre plus intuitif, voir plus pop. Les titres de ses pièces en disent déjà beaucoup sur un répertoire qu’on rapprochera entre autres de Philip Glass ou de Ryuichi Sakamoto : Shimmering (« chatoyant »), Mantra, Stellaire, Dérive… et Six + Six comme un coup de dé gagnant pour ce nouveau chapitre hypnotique de la collection Mind Travels.

dDAMAGE « Radio Ape » réédition

(25/03/2022 – Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Le duo formé par JB Hanak et son frère Fred n’est malheureusement plus depuis la disparition de ce dernier en 2018. Mais tandis qu’un roman largement autobiographique retrace les aventures de tournée de ces « moutons noirs de la French Touch » (Sales Chiens), Ici d’ailleurs re-sort en CD et double vinyle le disque qui leur avait ouvert les portes d’une carrière internationale. Mélange foutraque de leurs influences rock et hip-hop, ce 3e album n’est pas l’invention d’un savant fou (le Dr Aguuev) et de son copain déguisé en singe, mais l’artwork imaginé par Raoul Sinier et décliné en clip pour Pressure est superbe, et ce son millésimé 2004 (vraiment ?) pourrait presque faire douter. Abrasif, chaud, et complètement à part.

LES LIGNES DROITES « Karl »

(Velours / Modulor – 28/01/2022)

Groupe monté au moment où maîtrise technique, envie d’en découdre et amitié sont au même point de solidité, Les Lignes Droites se nourrit de ce subtil équilibre sur un 2e album où l’urgence rock n’en laisse pas moins entrer un peu de lumière et de variations plus aériennes, qu’on devine à l’étrange soucoupe qui orne sa pochette. Après le rythme entêtant et les guitares tranchantes du premier single Mickey Mickey, on découvrira l’impressionnant mur du son de Tous des Karl qui a inspiré le titre de ce road trip passant par le mantra vénéneux de Détends toi pour aboutir à l’étrange Muted, non sans un détour par Des eaux, des lacs, single limpide porté par un riff pour le moins accrocheur. Puisant dans différents âges de ces musiques qu’on aime, pas sûr pour autant que Karl aurait pu voir le jour avant les temps étranges que nous vivons : c’est un instantané, un constat des temps présents.

VERSARI « Reviens » EP

(14/01/2022 – T Rec / Modulor)

Le trio offre un dernier prolongement à son album paru lors du premier confinement avec le premier titre qui fut écrit pour celui-ci, chanson sur le tourment du double sentiment attirance / rejet. Un EP complété par deux reprises et pas des moindres, La nuit je mens de Bashung forcément insurpassable mais assez enfiévrée pour tenir sa place, et Atmosphere de Joy Division, hommage d’autant plus à la hauteur qu’on a plaisir à retrouver les beaux graves de Jean-Charles Versari en Anglais pour une fois.

ENCORE UNE FOIS

(du 05/01 au 03/04/2022 – Théâtre Le Funambule Montmartre / Paris)

Après les succès de L’opéra dans tous ses états puis Figaroh de Paris à Avignon, les chanteurs lyriques Leana Durney et Davide Autieri reviennent mélanger avec audace humour, théâtre et art lyrique pour une nouvelle création déjà largement saluée chez eux en Suisse. Avec leurs complices, comédiens et musiciens, ils ont imaginé Le présent, opérette un peu caricaturale du genre dont la 5000e représentation est retransmise au cinéma entrecoupée et d’interviews et archives. Ou comment aborder un sujet presque tabou : la lassitude de l’artiste qui doit refaire toujours et encore la même chose. Une fausse opérette, de vrais chanteurs, un faux cinéma dans un vrai théâtre : les spectateurs eux ne s’ennuieront pas !

JÉRÔME MINIÈRE « Le son du temps qui nous dépasse » EP

(autoproduction – 26/11/2021)

Le Franco-Québécois prend un peu plus de temps pour finir son nouvel album et le 3e extrait qu’il nous en offre devient un bel EP d’automne. De temps il en est autant question dans Le son du temps qui nous dépasse et sa douce mélancolie que dans un Minneapolis 2020 au son plus surprenant qui évoque aussi bien Prince que Georges Floyd. Et tout autant dans la belle et inexorable Séries transparentes qui ne trouvaient pas sa place sur les deux derniers albums lorsqu’elle fut composée. Quelle dommage c’eut été de rater cela. Alors vive les EP.