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MELLANO SOYOC « Alive »

(20/05/2022 – IDO / L’Autre Distribution)

Voici le fruit de la rencontre entre la voix, la présence et les textes de Mona Soyoc (KaS Product) d’une part, les guitares, textures et mélodies d’Olivier Mellano d’autre part, habitué des collaborations mais surpris de la rapidité avec laquelle celle-ci a naturellement pris forme, d’abord en live puis sur ce premier album. Souci de l’être et de l’autre (Hearts, Avatar), nécessité de se libérer voire se sauver (Enjoy, Dragon), forme et fond plus léger parfois (Idiot) : à l’instar de la superbe photo de Christy Lee Rogers qui a donné son nom à ce disque, il est aussi étrange que familier, coloré, fascinant. Vivant. Vivant et éveillé.

LA FÉLINE « Live à L’Opéra de Lyon » EP numérique

(13/05/2022 – Kwaidan / IDOL)

Pour le climat cosmique et déserté de Vie future sorti en 2019, La Féline avait créé des arrangements de cordes. Quand en 2021 L’Opéra Underground lui offre une carte blanche à L’Opéra de Lyon en complicité avec Bertrand Belin, c’est l’occasion d’une création inédite : revisiter son répertoire avec l’orchestre de l’opéra. Voix, guitare, basse et batterie sont présentes, tout le reste des instruments synthétiques a disparu pour laisser place à ceux de l’orchestre. En retenant cinq morceaux de cet événement précieux, ce premier enregistrement live donne à ré-entendre les chansons de la Féline, évidentes et inventives, intimes et tout à la fois transportées par la puissance collective de l’orchestre. 

BASTIEN BRON « My Name Is Fuzzy – Vedette 93 » installation sonore

(11/05 au 12/06/2022 – Le Tetris / Le Havre)

Vedette Nonante Trois est un album qu’on ne peut découvrir qu’en le visitant. Bastien Bron avait initié ce principe sur Septante Quatorze (titre référence à sa « Suissitude » bercée de variété française) où il interrogeait notre rapport à la disponibilité et la reproductivité de la musique. Puis il est tombé sur une vieille cassette audio pleine de chansons enregistrées quand il avait 8 ans : en recréant une chambre d’enfant truffée de gadgets et posters à l’effigie de Fuzzy, il pose cette fois un regard amusé sur le statut de vedette et le culte innocent de la célébrité.

EMMANUEL TUGNY « Valentines »

(29/04/2022 – Vila Mariana / Inouïe Distribution)

Poursuivant son travail de mise en valeur de poètes à la reconnaissance fragile, c’est cette fois chez Germain Nouveau que le musicien et écrivain ira puiser. L’ami de Mallarmé, de Charles Cros et surtout de Rimbaud permet au Malouin de promener l’auditeur le long d’une sorte de voyage posthume, faisant siens les introspections et les questionnements mystiques de cet autre poète maudit, dressant à ses textes des écrins tantôt bruitistes ou atmosphériques, tantôt plus pop.

VADIM VERNAY « How » single

(08/04/2022 – La Mais°n / Kuroneko)

Venu de l’electro puis peu à peu converti au songwriting, le musicien et producteur propose avec ce premier single de son album attendu après l’été un brûlot évoquant Death Grips ou Tricky par son énergie sombre et contenue. De quoi emmener ceux qui l’avaient suivi dans cette nouvelle mue réussie.

HONEY FOR PETZI « Descriptions + Observations »

(08/04/2022 – Two Gentlemen / Kuroneko)

Figure de proue d’un mouvement post-rock / math-rock finalement bien plus tangible que le bug de l’an 2000 dont il fut contemporain, le trio Suisse s’était mis en sommeil depuis quelques longues années. Il est revenu d’abord sur scène, puis avec quelques singles (Ecoute, Géométrie…) en guise de réjouissants préambules à ce nouvel album : au programme, toujours ce mélange d’énergie et d’étrangeté, avec une prise de risque encore plus débarrassée de tout complexe, permettant d’oser avec brio une écriture pour la première fois en Français, foutraque et poétique, et des incursions plus pop. Une drôle d’animal musical helvète à observer, décrire et apprécier.

LES LIGNES DROITES « Karl »

(Velours / Modulor – 28/01/2022)

Groupe monté au moment où maîtrise technique, envie d’en découdre et amitié sont au même point de solidité, Les Lignes Droites se nourrit de ce subtil équilibre sur un 2e album où l’urgence rock n’en laisse pas moins entrer un peu de lumière et de variations plus aériennes, qu’on devine à l’étrange soucoupe qui orne sa pochette. Après le rythme entêtant et les guitares tranchantes du premier single Mickey Mickey, on découvrira l’impressionnant mur du son de Tous des Karl qui a inspiré le titre de ce road trip passant par le mantra vénéneux de Détends toi pour aboutir à l’étrange Muted, non sans un détour par Des eaux, des lacs, single limpide porté par un riff pour le moins accrocheur. Puisant dans différents âges de ces musiques qu’on aime, pas sûr pour autant que Karl aurait pu voir le jour avant les temps étranges que nous vivons : c’est un instantané, un constat des temps présents.

VERSARI « Reviens » EP

(14/01/2022 – T Rec / Modulor)

Le trio offre un dernier prolongement à son album paru lors du premier confinement avec le premier titre qui fut écrit pour celui-ci, chanson sur le tourment du double sentiment attirance / rejet. Un EP complété par deux reprises et pas des moindres, La nuit je mens de Bashung forcément insurpassable mais assez enfiévrée pour tenir sa place, et Atmosphere de Joy Division, hommage d’autant plus à la hauteur qu’on a plaisir à retrouver les beaux graves de Jean-Charles Versari en Anglais pour une fois.

ENCORE UNE FOIS

(du 05/01 au 03/04/2022 – Théâtre Le Funambule Montmartre / Paris)

Après les succès de L’opéra dans tous ses états puis Figaroh de Paris à Avignon, les chanteurs lyriques Leana Durney et Davide Autieri reviennent mélanger avec audace humour, théâtre et art lyrique pour une nouvelle création déjà largement saluée chez eux en Suisse. Avec leurs complices, comédiens et musiciens, ils ont imaginé Le présent, opérette un peu caricaturale du genre dont la 5000e représentation est retransmise au cinéma entrecoupée et d’interviews et archives. Ou comment aborder un sujet presque tabou : la lassitude de l’artiste qui doit refaire toujours et encore la même chose. Une fausse opérette, de vrais chanteurs, un faux cinéma dans un vrai théâtre : les spectateurs eux ne s’ennuieront pas !

JÉRÔME MINIÈRE « Le son du temps qui nous dépasse » EP

(autoproduction – 26/11/2021)

Le Franco-Québécois prend un peu plus de temps pour finir son nouvel album et le 3e extrait qu’il nous en offre devient un bel EP d’automne. De temps il en est autant question dans Le son du temps qui nous dépasse et sa douce mélancolie que dans un Minneapolis 2020 au son plus surprenant qui évoque aussi bien Prince que Georges Floyd. Et tout autant dans la belle et inexorable Séries transparentes qui ne trouvaient pas sa place sur les deux derniers albums lorsqu’elle fut composée. Quelle dommage c’eut été de rater cela. Alors vive les EP.