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HONEY FOR PETZI « Descriptions + Observations »

(08/04/2022 – Two Gentlemen / Kuroneko)

Figure de proue d’un mouvement post-rock / math-rock finalement bien plus tangible que le bug de l’an 2000 dont il fut contemporain, le trio Suisse s’était mis en sommeil depuis quelques longues années. Il est revenu d’abord sur scène, puis avec quelques singles (Ecoute, Géométrie…) en guise de réjouissants préambules à ce nouvel album : au programme, toujours ce mélange d’énergie et d’étrangeté, avec une prise de risque encore plus débarrassée de tout complexe, permettant d’oser avec brio une écriture pour la première fois en Français, foutraque et poétique, et des incursions plus pop. Une drôle d’animal musical helvète à observer, décrire et apprécier.

MELAINE DALIBERT « Shimmering »

(25/03/2022 puis LP 20/05/2022 – Mind Travels Series / Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Interprète engagé du répertoire contemporain (de Gérard Pesson à Giuliano D’Angioloni), collaborateur apprécié d’autres musiciens (Will Guthrie, Sylvain Chauveau…) mais aussi d’artistes visuels, le pianiste Rennais est également compositeur, avec à son actif quatre albums chez Another Timbre (UK) et Elsewhere Music (USA). Adepte au départ d’un certain minimaliste, il s’éloigne désormais des compositions « algorithmiques » de ses débuts pour aborder un registre plus intuitif, voir plus pop. Les titres de ses pièces en disent déjà beaucoup sur un répertoire qu’on rapprochera entre autres de Philip Glass ou de Ryuichi Sakamoto : Shimmering (« chatoyant »), Mantra, Stellaire, Dérive… et Six + Six comme un coup de dé gagnant pour ce nouveau chapitre hypnotique de la collection Mind Travels.

dDAMAGE « Radio Ape » réédition

(25/03/2022 – Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Le duo formé par JB Hanak et son frère Fred n’est malheureusement plus depuis la disparition de ce dernier en 2018. Mais tandis qu’un roman largement autobiographique retrace les aventures de tournée de ces « moutons noirs de la French Touch » (Sales Chiens), Ici d’ailleurs re-sort en CD et double vinyle le disque qui leur avait ouvert les portes d’une carrière internationale. Mélange foutraque de leurs influences rock et hip-hop, ce 3e album n’est pas l’invention d’un savant fou (le Dr Aguuev) et de son copain déguisé en singe, mais l’artwork imaginé par Raoul Sinier et décliné en clip pour Pressure est superbe, et ce son millésimé 2004 (vraiment ?) pourrait presque faire douter. Abrasif, chaud, et complètement à part.

LES LIGNES DROITES « Karl »

(Velours / Modulor – 28/01/2022)

Groupe monté au moment où maîtrise technique, envie d’en découdre et amitié sont au même point de solidité, Les Lignes Droites se nourrit de ce subtil équilibre sur un 2e album où l’urgence rock n’en laisse pas moins entrer un peu de lumière et de variations plus aériennes, qu’on devine à l’étrange soucoupe qui orne sa pochette. Après le rythme entêtant et les guitares tranchantes du premier single Mickey Mickey, on découvrira l’impressionnant mur du son de Tous des Karl qui a inspiré le titre de ce road trip passant par le mantra vénéneux de Détends toi pour aboutir à l’étrange Muted, non sans un détour par Des eaux, des lacs, single limpide porté par un riff pour le moins accrocheur. Puisant dans différents âges de ces musiques qu’on aime, pas sûr pour autant que Karl aurait pu voir le jour avant les temps étranges que nous vivons : c’est un instantané, un constat des temps présents.

VERSARI « Reviens » EP

(14/01/2022 – T Rec / Modulor)

Le trio offre un dernier prolongement à son album paru lors du premier confinement avec le premier titre qui fut écrit pour celui-ci, chanson sur le tourment du double sentiment attirance / rejet. Un EP complété par deux reprises et pas des moindres, La nuit je mens de Bashung forcément insurpassable mais assez enfiévrée pour tenir sa place, et Atmosphere de Joy Division, hommage d’autant plus à la hauteur qu’on a plaisir à retrouver les beaux graves de Jean-Charles Versari en Anglais pour une fois.

JÉRÔME MINIÈRE « Le son du temps qui nous dépasse » EP

(autoproduction – 26/11/2021)

Le Franco-Québécois prend un peu plus de temps pour finir son nouvel album et le 3e extrait qu’il nous en offre devient un bel EP d’automne. De temps il en est autant question dans Le son du temps qui nous dépasse et sa douce mélancolie que dans un Minneapolis 2020 au son plus surprenant qui évoque aussi bien Prince que Georges Floyd. Et tout autant dans la belle et inexorable Séries transparentes qui ne trouvaient pas sa place sur les deux derniers albums lorsqu’elle fut composée. Quelle dommage c’eut été de rater cela. Alors vive les EP.

FRANÇOIS JONCOUR « Sonars Tapes »

(Music From The Masses / PIAS – 19/11/2021)

Cet album est un des aboutissements du projet Sonars, rencontre entre Art et Science initiée par la salle de concert Brestoise La Carène et le laboratoire BeBest, qui s’intéresse en particulier à l’impact sonore de l’activité humaine sur des fonds marins qui sont loin d’être le monde du silence. Au service d’un propos passionnant qui cherche à montrer la beauté de la catastrophe, le musicien François Joncour, à l’aise aussi bien avec les guitares qu’avec les machines, et fort bien entouré, navigue entre pop anglophone de haute volée (Pilling Underwater), chanson mélancolique en Français (Tout s’en est allé…) et en Anglais (The Depressed Larvae), ou plus aérienne en Breton (Skarigañ A Ra), rock abrasif (Biology Is Food & Sex), instrumentaux acoustiques et oniriques (Les Gorgones) ou electro et addictifs (Obsession & Repetition).  Un peu comme une première plongée, Sonars Tapes fait peur mais l’immersion vaut tous les voyages.

GONTARD « Akene »

(Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution – 12/11/2021)

Tombant de plus en plus le masque, Gontard nous entraine dans une sorte d’épopée-western, de vadrouille sur la Nationale 7, hommage à une époque où le Valentinois puise l’essentiel de ses références musicales, littéraires et cinématographiques soit grosso modo la période 75-85, celle d’un monde plus balisé. Ce qui ne l’empêche pas, au contraire, d’élargir sa palette musicale avec le reggae La séduction ou les touches « world » de Mahalia Dooyoo. On attaque avec un Plein de super en bande de potes autour d’Akene Guetno et son Anémone belle comme un Camion, mais comme toujours avec Gontard, le léger ou faussement léger (Homme perdu) côtoie le touchant (La chansons de Cédric) voire le poignant (Femme d’entretien, Faillite). Ce voyage dans le passé lui aurait-il fait oublier le propos social voire politique tenu jusqu’ici sur le présent (Repeupler…) ou sur l’avenir (2029) ? Au contraire, il y puise la force de penser que Le vent sifflera trois fois car on sait « que nous sommes ensemble et qu’ils sont tout seuls », et que « Les loups c’est nous ». Même avec un masque de lapin.

JULIEN BOUCHARD « Excuse My French »

(Hot Puma Records – 12/11/2021)

Après des groupes anglophones et un premier album sous son nom qui l’était encore largement, le Spinalien a su garder l’héritage sonore de Dinosaur Jr, des Lemonheads, de Pavement ou des Posies, prouvant que mélodies bruitistes et langue de Molière peuvent faire mon ménage. Ainsi du réjouissant Tu m’entraînes parfaitement centré sur le principe du power trio, de l’addictif En Nous, du duo avec le régional de l’étape Eddy La Gooyatsh Même pas là qui déringardise avec brio le principe du solo de guitare, du vaste Ton ombre est ma lumière qui s’autorise sans perdre en cohérence plus de richesse instrumentale. Avec un tel Sens de la fête, ce frenchie là est tout excusé.

BRNS « Celluloid Swamp »

(22/10/2021 – Yotanka / PIAS)

Après la parenthèse Namdose, les bruxellois sont de retour avec un album au visuel choc (signé Monsieur Pimpant), enregistré entre Brooklyn et la Belgique avec aux manettes Alexis Berthelot (Franck Ocean, Marc Ribot). Le processus créatif simplifié à l’extrême accouche de titres créés à l’instinct, sans barrière de style, s’autorisant cassures et surprises. C’est le cas par exemple sur le premier extrait Familiar (avec Carl des Hommes-Boites) ou le second, Suffer, brouillant habilement les frontières entre pop et R’n’B. Comme sur scène où sa réputation n’est plus à faire, le trio est renforcé par la touche féminine de Nele De Gussem, prenant le lead vocal sur Light Houses ou l’entêtant Off You Go Daddy qui vient clôturer ce « marais de celluloïd » où l’on aura plaisir à patauger. Avec l’insouciance et la vitalité de gamins qui s’amusent à sauter dans les flaques.