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MENDELSON « Le dernier album »

(15/10/2021 – Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Pascal Bouaziz et sa bande à géométrie variable choisissent de mettre explicitement fin à une aventure à part qui aura duré un quart de siècle, littéraire et pourtant dotée d’une musicalité exceptionnelle, dure souvent, pince-sans-rire parfois, émouvante toujours. Il sera donc bientôt trop tard pour découvrir pourquoi et comment un groupe aussi « inconnu » a pu accéder au statut de « culte » de son vivant. La chanson Le dernier disque fait figure de manifeste pour cet ultime geste, auquel La dernière chanson vient quant à elle mettre un point final, avec de manière surprenante plus de gratitude que de regrets ou d’aigreur. Seulement cinq titres avec l’autobiographie amère et caustique mais aussi étrangement apaisée qu’est Les chanteurs, au contraire du poignant Héritage. Et avec Algérie, chanson-fleuve comme seul Mendelson en a, en avait le secret. Sans doute la pièce maîtresse de ce disque final, estocade bouleversante où Pascal Bouaziz parvient à mêler le propos très politique du précédent album avec le discours le plus intime d’une profonde nostalgie : comme dans 1983 (Barbara) son œuvre la plus célébrée, c’est quand il raconte sa propre histoire qu’il tutoie les sommets.

STRANDED HORSE « Grand Rodeo »

(17/09/2021 – Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Que faire face aux derniers feux d’un monde qui s’éteint ? Si ce n’est, sans faux espoir, d’essayer de garder en vie cette lueur ? Kora en main, Yann Tambour nous propose la danse et la transe pour faire face à l’apocalypse qui semble se profiler. Avec ses trois complices Boubacar Cissokho, Sébastien Forrester et Miguel Bahamondès-Rojas (et Carla Pallone sur Le ciment sous nos pieds), il puise dans des héritages venus d’un large panel auquel après tout le terme « musiques du monde » pourrait convenir, celles de l’occident parmi beaucoup d’autres. En anglais ou en français, la forme peut se faire poignante (reprise du Thiely de L’Etoile de Dakar ou Sparks Turn To Stone) ou faussement plus légère (irrésistible Rumba du Trépas), ce sont là les chroniques de temps étranges, telles les couleurs chaudes et les flous kaleïdoscopiques d’un rêve tragi-comique où il nous faut bien avancer, fut-ce à reculons…

LUNATRAKTORS « The Missing Star »

(25/06/2021 – Broken Folk Records / Inouïe Distribution)

Les anglais Carli Jefferson et Clair Le Couteur puisent dans le riche patrimoine folk anglo-irlandais pour l’adapter avec brio à une époque faite de trahisons politiques, de Covid-19, et pour eux de Brexit. Couple transgenre à la ville et duo à la scène, ils produisent avec leur bric à brac de percussions et instruments divers un écrin original et enthousiasmant pour leurs voix (4 octaves pour Clair), parcourant un impressionnant panel de sentiments et de personnages. D’une singulière relecture du Lover Lover Lover de Cohen aux convaincantes protest songs Rigs Of The Times et The Missing Star en passant par d’impressionnants a cappella (My Witch, The Blacksmiths), les Lunatraktors montrent de bonnes surprises peuvent encore venir d’Outre-Manche.

THE REED CONSERVATION SOCIETY « EP3 » & coffret 3EP

(11/06/2021 – Microcultures / Kuroneko)

Le secret de cette Société de Préservation du Roseau n’est plus très bien gardé et tant mieux : en clôturant ici sa trilogie d’EP, la formation emmenée par Stéphane Oz Auzenet achève une belle carte de visite, faite d’érudition pop et d’arrangements soignés. On découvre ici de nouveaux portraits de grandes femmes trop ignorées de l’Histoire avec Miss Kellerman et Paulita Maxwell, des voix féminines s’invitent également, celle d’Alma Forrer sur ce dernier, ou celle de la prometteuse Lonny sur le premier single Holy Mood. Notons que sort en même temps un fourreau permettant de ranger les 3 EP, le dernier en date se voyant de nouveau illustré par une peinture de Barbara Chwast. Bel objet, somptueux contenu.

FONTAINE WALLACE « Le projet »

(14/05/2021 – Microcultures / Kuroneko)

Après un premier album éponyme paru en 2018, la formation parisienne de l’ex-Superflu Nicolas Falez nous rappelle avec brio qu’il est une des plus belles plumes et l’un des plus fins mélodistes d’ici, parfaitement appuyé par ses nouveaux comparses Cécile Beguery, Fabrice de Battista et Ludovic Morillon, mais aussi par quelques invités (dont le Married Monk Tom Rocton). S’avouer enfin que Le projet « c’est que tout reste en désordre », se perdre dans le rock de Dédalus et être un peu en retard au Point Polka n’empêchera pas même 25 ans après d’écouter leur conseil : Prends soin de ton amour. Promis.

TUE-LOUP « La peau des arbres »

(05/02/2021 – La Lézarde / L’Autre Distribution)

A lui tout seul le titre du 12e album de la formation sarthoise en dit long sur la beauté du verbe de son leader Xavier Plumas, qui s’illustre encore ici par sa métrique hors pair (Les beaux jours). Mais ce serait oublier qu’il est aussi un fin mélodiste, comme en témoigne le premier single Mayol (désignant une femme et non un plongeur !). Il s’essaie aussi sans complexe à l’anglais, entre autres pour une reprise étonnante de Black Is The Color Of My True Love’s Hair avec l’appui vocal gorgé de soul d’Astrid Veigne, la nièce du bassiste Eric Doboka. Avec l’excellent batteur Alex Berton (déjà convaincant en live, présent sur album pour la première fois), il dresse l’écrin idéal pour le sax d’un autre invité (Cédric Thimon), et bien sûr pour les guitares malignes de Thierry Plouze, qui font tant pour le son Tue-Loup. On suivra volontiers sur les bords de Siagne l’une des plus admirables formations du folk-rock d’ici, vieux chêne rassurant qui sait que le temps joue pour lui.

LEOPOLDINE HH « Là ! Lumière particulière »

(15/01/2021 – Eh Ouais Mec Prod / Modulor)

Après avoir remporté entre autres le prix George Moustaki en 2017, l’alsacienne (désormais parisienne) Léopoldine HH et ses deux complices Michel Gilet et Charly Chanteur se sont taillé une solide réputation en jouant longtemps les titres de leur premier album, où figuraient déjà quelques chansons de Gildas Milin. L’auteur a invité la chanteuse à venir puiser chez lui matière textuelle et musicale qui forme finalement tout ce deuxième album, disque serein en un temps incertain. Il navigue sans complexe de l’onirique premier single Psychotropique à la pochade rock Je dis non en passant par la douce comptine Je t’ai vu, le surprenant disco Ce que tu cherches, ou la fausse et poignante légèreté d’Où vont les sons ? Bonne question d’ailleurs. Dans les oreilles et dans les cœurs on l’espère, et pour les yeux : lumière particulière.

MICHEL CLOUP DUO & PASCAL BOUAZIZ « A la ligne – Chansons d’usine »

(11/12/2020 – Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Qui mieux que Michel Cloup Duo et Pascal Bouaziz (Mendelson, Bruit Noir) pouvait mettre en musique « A la ligne », premier roman couronné de succès de Joseph Ponthus ? Plus qu’une simple mise en musique, ce disque né au départ d’une carte blanche live nous plonge dans la réalité terriblement concrète des « travailleurs de l’usine », qu’ils produisent « Le tofu » à en haïr les vegans ou sentent « A l’abattoir » le goût du sang dans leur bouche, à en donner des « Cauchemars »… Abrasif, percutant, sensible, édifiant : le rock avait presque oublié combien il pouvait être tout ça.

JUR « Sangria »

(13/11/2020 – CRIDAcompany / L’Autre Distribution)

« Tous les morceaux ont été écrits dans un temps très court et dans un moment de vie extrême, écrire à ce moment là a été vital », indique Julien Vittecoq compagnon et élément central du groupe Jur autour de la chanteuse espagnole qui lui a donné son nom. Et pour cause, après un disque marqué par la maternité, celui-ci a été initié au moment où l’on découvrait à la jeune maman une tumeur au cerveau. Qu’on se rassure, non seulement elle va mieux, mais elle n’a rien perdu de sa folie et de sa capacité à susciter l’émotion, comme sur le premier single En stationnaire, aérien, entêtant, en suspens…

LAETITIA SHERIFF « Stillness »

(06/11/2020 – Yotanka / PIAS)

Six ans qu’on attendait le retour d’une des figures les plus appréciées de la scène rock française. Elle est toujours accompagnée de Nicolas Courret (Eiffel, Bed) à la batterie et de son compagnon Thomas Poli (Montgomery, Dominique A) à la guitare (suppléé sur scène par Xavier Rosé de Totorro), revenant avec un disque en forme de miroir, autour du besoin de se retrouver. De l’appel à l’insurrection des consciences ouvrant le disque (People Rise Up) au lumineux premier single Deal With This en passant par le poignant Go To Big Sur, c’est une urgence salvatrice qui parcoure ce Stillness. Se retrouver, la retrouver, il est grand temps…