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Billets par JP

SON PARAPLUIE feat. ISOBEL CAMPBELL « Paris n’existe pas »

(03/06/2022 – 80 Proof Records – Hot Puma Records / Inouïe Distribution)

Casting de choix autour de Jérôme Didelot, orfèvre pop provisoirement échappé d’Orwell puisqu’il fait chanter Isobel Campbell en Français, et s’offre des remixes de Jah Wobble (PiL) et Martin Carr (Boo Radleys). Le tout au service d’une petite sucrerie d’une poésie folle, où même sous la pluie on aimerait flâner dans ce Paris (qui) n’existe pas. « Je ne finis rien » prétend-il : et si ce petit pas de côté était finalement un bel aboutissement ?

MELLANO SOYOC « Alive »

(20/05/2022 – IDO / L’Autre Distribution)

Voici le fruit de la rencontre entre la voix, la présence et les textes de Mona Soyoc (KaS Product) d’une part, les guitares, textures et mélodies d’Olivier Mellano d’autre part, habitué des collaborations mais surpris de la rapidité avec laquelle celle-ci a naturellement pris forme, d’abord en live puis sur ce premier album. Souci de l’être et de l’autre (Hearts, Avatar), nécessité de se libérer voire se sauver (Enjoy, Dragon), forme et fond plus léger parfois (Idiot) : à l’instar de la superbe photo de Christy Lee Rogers qui a donné son nom à ce disque, il est aussi étrange que familier, coloré, fascinant. Vivant. Vivant et éveillé.

LA FÉLINE « Live à L’Opéra de Lyon » EP numérique

(13/05/2022 – Kwaidan / IDOL)

Pour le climat cosmique et déserté de Vie future sorti en 2019, La Féline avait créé des arrangements de cordes. Quand en 2021 L’Opéra Underground lui offre une carte blanche à L’Opéra de Lyon en complicité avec Bertrand Belin, c’est l’occasion d’une création inédite : revisiter son répertoire avec l’orchestre de l’opéra. Voix, guitare, basse et batterie sont présentes, tout le reste des instruments synthétiques a disparu pour laisser place à ceux de l’orchestre. En retenant cinq morceaux de cet événement précieux, ce premier enregistrement live donne à ré-entendre les chansons de la Féline, évidentes et inventives, intimes et tout à la fois transportées par la puissance collective de l’orchestre. 

BASTIEN BRON « My Name Is Fuzzy – Vedette 93 » installation sonore

(11/05 au 12/06/2022 – Le Tetris / Le Havre)

Vedette Nonante Trois est un album qu’on ne peut découvrir qu’en le visitant. Bastien Bron avait initié ce principe sur Septante Quatorze (titre référence à sa « Suissitude » bercée de variété française) où il interrogeait notre rapport à la disponibilité et la reproductivité de la musique. Puis il est tombé sur une vieille cassette audio pleine de chansons enregistrées quand il avait 8 ans : en recréant une chambre d’enfant truffée de gadgets et posters à l’effigie de Fuzzy, il pose cette fois un regard amusé sur le statut de vedette et le culte innocent de la célébrité.

EMMANUEL TUGNY « Valentines »

(29/04/2022 – Vila Mariana / Inouïe Distribution)

Poursuivant son travail de mise en valeur de poètes à la reconnaissance fragile, c’est cette fois chez Germain Nouveau que le musicien et écrivain ira puiser. L’ami de Mallarmé, de Charles Cros et surtout de Rimbaud permet au Malouin de promener l’auditeur le long d’une sorte de voyage posthume, faisant siens les introspections et les questionnements mystiques de cet autre poète maudit, dressant à ses textes des écrins tantôt bruitistes ou atmosphériques, tantôt plus pop.

VADIM VERNAY « How » single

(08/04/2022 – La Mais°n / Kuroneko)

Venu de l’electro puis peu à peu converti au songwriting, le musicien et producteur propose avec ce premier single de son album attendu après l’été un brûlot évoquant Death Grips ou Tricky par son énergie sombre et contenue. De quoi emmener ceux qui l’avaient suivi dans cette nouvelle mue réussie.

HONEY FOR PETZI « Descriptions + Observations »

(08/04/2022 – Two Gentlemen / Kuroneko)

Figure de proue d’un mouvement post-rock / math-rock finalement bien plus tangible que le bug de l’an 2000 dont il fut contemporain, le trio Suisse s’était mis en sommeil depuis quelques longues années. Il est revenu d’abord sur scène, puis avec quelques singles (Ecoute, Géométrie…) en guise de réjouissants préambules à ce nouvel album : au programme, toujours ce mélange d’énergie et d’étrangeté, avec une prise de risque encore plus débarrassée de tout complexe, permettant d’oser avec brio une écriture pour la première fois en Français, foutraque et poétique, et des incursions plus pop. Une drôle d’animal musical helvète à observer, décrire et apprécier.

MELAINE DALIBERT « Shimmering »

(25/03/2022 puis LP 20/05/2022 – Mind Travels Series / Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Interprète engagé du répertoire contemporain (de Gérard Pesson à Giuliano D’Angioloni), collaborateur apprécié d’autres musiciens (Will Guthrie, Sylvain Chauveau…) mais aussi d’artistes visuels, le pianiste Rennais est également compositeur, avec à son actif quatre albums chez Another Timbre (UK) et Elsewhere Music (USA). Adepte au départ d’un certain minimaliste, il s’éloigne désormais des compositions « algorithmiques » de ses débuts pour aborder un registre plus intuitif, voir plus pop. Les titres de ses pièces en disent déjà beaucoup sur un répertoire qu’on rapprochera entre autres de Philip Glass ou de Ryuichi Sakamoto : Shimmering (« chatoyant »), Mantra, Stellaire, Dérive… et Six + Six comme un coup de dé gagnant pour ce nouveau chapitre hypnotique de la collection Mind Travels.

dDAMAGE « Radio Ape » réédition

(25/03/2022 – Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Le duo formé par JB Hanak et son frère Fred n’est malheureusement plus depuis la disparition de ce dernier en 2018. Mais tandis qu’un roman largement autobiographique retrace les aventures de tournée de ces « moutons noirs de la French Touch » (Sales Chiens), Ici d’ailleurs re-sort en CD et double vinyle le disque qui leur avait ouvert les portes d’une carrière internationale. Mélange foutraque de leurs influences rock et hip-hop, ce 3e album n’est pas l’invention d’un savant fou (le Dr Aguuev) et de son copain déguisé en singe, mais l’artwork imaginé par Raoul Sinier et décliné en clip pour Pressure est superbe, et ce son millésimé 2004 (vraiment ?) pourrait presque faire douter. Abrasif, chaud, et complètement à part.

LES LIGNES DROITES « Karl »

(Velours / Modulor – 28/01/2022)

Groupe monté au moment où maîtrise technique, envie d’en découdre et amitié sont au même point de solidité, Les Lignes Droites se nourrit de ce subtil équilibre sur un 2e album où l’urgence rock n’en laisse pas moins entrer un peu de lumière et de variations plus aériennes, qu’on devine à l’étrange soucoupe qui orne sa pochette. Après le rythme entêtant et les guitares tranchantes du premier single Mickey Mickey, on découvrira l’impressionnant mur du son de Tous des Karl qui a inspiré le titre de ce road trip passant par le mantra vénéneux de Détends toi pour aboutir à l’étrange Muted, non sans un détour par Des eaux, des lacs, single limpide porté par un riff pour le moins accrocheur. Puisant dans différents âges de ces musiques qu’on aime, pas sûr pour autant que Karl aurait pu voir le jour avant les temps étranges que nous vivons : c’est un instantané, un constat des temps présents.