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BRIEG GUERVENO « Un noz a vo »

(16/05/2025 – ZRP / Kuroneko)

Les éventuels a priori sur l’idée d’un album de folk en Breton seront vite balayés à l’écoute de ce disque, qui parachève le virage entamé par l’artiste avec son précédent album. Dans sa langue paternelle, il évoque avec pudeur la tempête qui a soufflé sur sa vie (Ar Barr Avel), l’impression d’être « passé à côté » (Hebiou Din) n’empêchant nullement l’espoir, au contraire, pourvu qu’on ne craigne plus l’embrasement de son cœur (magnifique Kalon flamm) et  les pages qui se tournent ensuite. Nourri de lectures (Jón Kalman Stefánsson, Emily Brontë), ce disque enregistré au Pays Basque est le premier du Costarmoricain à parler d’amour, débarrassé de la peur de la perte (Piv ‘vin), tourné vers la nature, conscient que nous finirons en poussière (Poultrenn), remarquable de maîtrise et de sérénité. TTT Télérama

MAUVAIS SANG « La faune »

(09/05/2025 – Dagaanda / The Orchard)

Suite du diptyque entamé l’an dernier avec l’EP La flore dont il partage certains titres (Modèle, Nuit venin…), le second album du groupe savoyard disséminé entre Genève, Londres, Lyon et Paris continue de prendre des risques et de creuser sa belle singularité. Celle d’un chant en français pour une musique tour à tour abrasive et aérienne (comme Nouvelle ère son premier extrait), d’un propos sachant mêler l’intime et l’universel au milieu d’un monde en mutation, observant une humanité comme figée Sur la plage et qui feint d’ignorer le danger tout proche (La danse du feu). Celui aussi d’être des jeunes gens pas encore trentenaires et pourtant déjà tournés vers ceux qui suivront (et survivront ?) : hypnotique L’enfant, vertigineux Loin…

VICTOR LEE GABRIEL « Le monstre et la maison »

(25/04/2025 – Vibrations sur le Fil / Inouïe Distribution)

Compositeur (Pomme…), réalisateur artistique (Laurent Lamarca, Eddy La Gooyatsch, Comme John…) mais aussi souvent sur la route comme musicien de scène (aux côtés d’Ycare en particulier), l’ex-Grimme a voulu donner un nouveau départ à sa vie en partant s’installer en forêt avec sa femme et leurs enfants (Tout est à refaire, J’irai danser loin des pavés…). Avant qu’on découvre le mal incurable de sa compagne, qui malgré l’espoir (Tu guériras, Sors, Tu danses encore…) a fini par l’emporter quelques semaines avant que ne sorte ce disque, pourtant très lumineux. Car c’est bien le propos : trouver la lumière même au plus profonde de l’obscurité (Le verre à moitié vide…), profiter de chaque moment puisqu’après tout l’issue ne fait aucun doute (Ce n’est rien…), savoir toujours et encore inventer un après (Quand tout tombera demain…).

CLOÉ DU TRÈFLE « La lueur »

(04/04/2025 – Autoproduction)

Sa collaboration avec la performeuse Lisette Lombé (Brûler Danser) lui a valu à juste titre de nombreux éloges et un regain d’attention. Derrière son nom très « chanson » (et c’est bien de la chanson, aux textes soignés), l’artiste belge façonne aussi de vraies textures électroniques. L’organique est pourtant omniprésent (Ton souffle, Sous ta peau…), mais on cherche aussi à déchiffrer les chorégraphies invisibles qui semblent orchestrer nos vies en secret (Électrons libres, La lueur, La frontière invisible…), et l’on s’interroge avec elle sur le sens des trajectoires (Virage, Bruxelles-Lausanne, L’élan…). Avec face au chaos du monde une empathie rédemptrice et l’envie de célébrer une humanité aspirant à un monde meilleur.

MIDORI HIRANO & CoH « Sudden Fruit »

(04/04/2025 – Mind Travels – Ici d’Ailleurs / L’Autre Distribution)

Basée à Berlin, la pianiste japonaise Midori Hirano s’associe au musicien électronique russe Ivan Pavlov alias CoH, proche de la galaxie Coil, désormais installé en France après un long séjour en Suède. Toujours illustré par un somptueux visuel signé Francis Meslet, Sudden Fruit est une nouvelle pièce du passionnant puzzle que construit la collection Mind Travels depuis quelques années déjà au service des musiques de traverse, permettant ici de jeter un nouveau pont entre la frange néo-classique de son catalogue et le pan expérimental/ambient de son territoire. En ouverture, Wave to Wave incarne à merveille le subtil équilibre entre organique et digital élaboré par le duo. Jamais envahissantes, les textures sonores de CoH offrent au propos une puissance narrative surprenante, tandis que le sens mélodique d’une Midori Hirano à la large palette joue des silences comme sur Mirage Memories.  Ombres, échos, gravité, disparition, retour, fleurs, vagues… : les titres de chaque pièce évoquent sans cesse le lien intime entre évanescences et éclosions, comme chacune donne sens à l’autre, comme les basses fréquences investies par CoH soutiennent les notes aériennes de Midori Hirano…

IGNATUS « Dans les virages »

(07/02/2025 – Ignatub / Believe – Inouïe Distribution)

En dehors d’un album de reprises de Jean-Luc Le Ténia (qu’il signa sur son label), ignatus n’avait pas sorti de disque depuis le fort apprécié [e.pok] en 2017. Hyperactif entre ateliers d’écriture, création de haïkus, production (Orianne Lacaille), Jérôme ‘ignatus’ Rousseaux a nourri son nouvel album de son goût pour une recherche permanente, une chanson aventureuse et friande de fertiles collisions. Voire même adepte de création sous contrainte et d’expérimentation. Après la poésie de L’ombre, on découvrira les images surréalistes de Château mou servi par un piano préparé, trafiqué comme la guitare de Souffle qui joue à répéter les mots d’un couplet à l’autre, alors qu’on tend l’oreille au texte caché derrière celui de Et toi. Il puise aussi bien son inspiration dans une histoire vraie (comme Mes mots avec Isabelle Nanty et sa grave légèreté), un article de journal (Ici c’est bien), que dans une photo curieuse (Elle tricotait) ou une peinture (Peut-être lui). Sa palette à lui est large, on traversera bien des paysages en s’accrochant pour suivre le toujours surprenant ignatus dans les virages…